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Motel

Par Denis Marion et Gabriel Ney • Des poèmes • Lundi 07/06/2004 • 0 commentaires • Version imprimable

Dans l'air chaud d'un bout du monde,
Sans un souffle pour rafraîchir l'air,
Le dernier brin d'herbe restait immobile.
Les planches de la véranda étaient brûlantes.
L'enseigne du motel était depuis longtemps
Mordue au sang par les vents de sable.
Le panonceau était toujours mis sur " fermé ".
Rien ne bougeait plus depuis une éternité.

L'homme était une pénélope sirotant ses bières
Et secouant les cendres de sa pipe dans la poussière.
L'homme attendait stoïquement son jugement dernier.
Soit elle, soit la mort arrivera en premier.

Quand la voiture s'arrêta doucement dans la cour,
Cela ne parvint pas à le sortir de sa torpeur.
Il ne réagit pas non plus quand il entendit
La porte claquer comme un coup de feu.
Il avait déjà entendu tant de voitures arriver
Et tant de portes se claquer pour rien
Qu'il ne réagissait plus, même aux appels.
Ils attendaient simplement que les gens entrent.

La silhouette se découpa dans la porte vitrée,
La lumière trahissait ses courbes et cachaient
Les traits du visage mais elle n'était plus inconnue
Et lui ne pouvait plus, pour une fois, détacher son regard

La femme portait une robe à fleurs
Qui ne fleurissent pas dans le désert.
La sueur perlait sur sa lèvre supérieure
Mais sa bouche n'avait aucun pli amer.

C'était donc elle et pas la mort en premier.
C'était donc elle et tous les souvenirs revenaient.
C'était donc elle à qui il ne s'était pas déclaré.
C'était donc elle et peut-être lui qu'elle aimait.

Elle s'approcha de lui et effaça toutes ces années,
Elle revenait de ses guerres et terminait son odyssée.
Il déposa sa pipe dans le cendrier et l'attira à lui.
Elle se laissa aller et la passion les prit.

Le panonceau resta longtemps encore sur " fermé ".
Le vent mordit encore au sang l'enseigne de fer,
Mais elle ne repartit jamais à travers les déserts
Et ils restèrent là, patiemment, à s'aimer.



Et pendant ce temps-là sur
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