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Le blues du poète.

Si tu comprenais ce que je t'écris

Par Denis Marion et Gabriel Ney • Des poèmes • Vendredi 04/11/2005 • 0 commentaires • Version imprimable

Ecrit au PP Café, à Bruxelles.

Dans le temps, c'était des sous-bocks,
Ces sous-verre en carton dans les cafés.
Parfois, c'était des serviettes en papier,
Des carnets à spirale ou un agenda,

Des mots sans importance, parfois,
Comme un compliment offert,
Sans lendemain et sans couvert.
Des mots qu'on oubliera.

Des mots pour réfléchir,
Presque ou tout à fait sentencieux.
Des mots pour le plaisir
Presque, un rien, licencieux.

J'ai écrit des milliers de vers
Pour ceux que je n'ai pas bus.
Des paroles joyeuses ou amères
Que peu de gens ont crûes.

J'ai écrit pour raconter
Ce que je ne pouvais pas dire.
J'ai écrit pour exister,
Pour tout laisser sortir.

Tout ce que j'ai écrit,
Quelqu'un l'a-t-il lu?
L'a gardé par-devers lui ?
Je ne l'ai pas toujours su.

Des gens qui auraient dû lire
N’en ont pas toujours eu le désir.
Des gens ont pris pour eux
Des vers et même très au sérieux.

J’ai écrit beaucoup pour rêver.
J’ai écrit beaucoup pour expliquer.
Suis-je parvenu à me faire comprendre,
Paroles dures ou gestes tendres.

Je suis assis sur une banquette,
Pas loin de moi, une vieille coquette,
A côté, un jeune premier pérorant
Devant une péronnelle le dévorant.

Tout seul, je suis assis
Et j’écris, et j’écris.
J’écris en pensant à quelqu’un,
Qui ne lira pas ces vers importuns.

La solitude du poète qui ne sait
Que trop rarement ce que pensent
Des lecteurs souvent pressés.
On me répond, j’ai encore cette chance.

Parfois, il m’arrive de composer
Des poèmes pour une personne,
Sans pour autant que résonne
Son nom dans tous mes papiers.

La seule voie que j’ai trouvée
Pour lui dire toute mon amitié
Mais il y a de fortes probabilités
Qu'elle restera à l’ignorer.

Alors, mes roses se faneront.
Comme elles ne sont même pas
De soie, elles disparaîtront.
L’informatique les effacera.

C’est ainsi. Aurais-je eu le courage
De lui lire moi-même ces pages
Peut-être m’aurait-elle un peu aimé
Mais j’ai fait preuve de lâcheté.

Dans le temps, c'était des sous-bocks,
Depuis je me suis modernisé
Mais je n’ai pas oublié
Les carnets à spirale ou l’agenda.