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Un texte totalement autobiographique.

En souvenir de J.Br.

Par Denis Marion et Gabriel Ney • Des poèmes • Mardi 01/11/2005 • 0 commentaires • Version imprimable

Je ne sais pas si c’est la période de la Toussaint, à laquelle je ne suis habituellement pas sensible (Je me suis toujours fait ma propre religion) ou plus certainement, ce que j’ai vécu ces derniers temps.
Ce sera un texte avec rimes, raisons et encore plus de passion.
Certains d’entre vous ont connu cette personne; vous comprendrez ce que je raconte.
Pour les autres, qu’ils se fassent une opinion.

Parce tout s’est terminé brutalement.
Il y avait encore de l’espoir
Et plus rien, un veuf et deux orphelins.
Dans ses derniers moments,
Deux ou trois heures avant de nous quitter,
J’étais venu lui faire un dernier salut,
Un dernier geste, lui prendre les mains.
Quand je suis entré dans la chambre,
Elle m’a reconnu et a souri :
« Ha, c’est toi ! ».
C’est une phrase que je n’oublierai pas.

Une de ces amitiés qui naissent par hasard,
Quand on a vingt ans,
Qui traversent les années
Et qui existeraient sans doute encore maintenant.
Est-ce l’un ou l’autre de nous deux y a pensé ?
(Je ne saurais plus le dire
Et d’ailleurs ce n’est pas très important.)
Mais nous n’avons jamais été amants.
Pourtant, nous avons été aussi proches
Que deux personnes peuvent l’être.

Quand tout a commencé,
Nous étions jeunes et disponibles.
Le poids de nos histoires respectives
N’était pas suffisant pour empêcher
L’alchimie de l’amitié.
Depuis son décès, j’ai essayé
Et cela a plus souvent échoué
Que réussi.

Il est certain qu’une telle relation
Ne se remplace pas
Et cela n’a d’ailleurs jamais été mon but.
Mais j’ai toujours espéré
Atteindre ce niveau de qualité.
Que mes vieux (et moins vieux) potes me pardonnent,
Leur complicité m’est douce et nécessaire
Mais ce ne sont que des hommes…
J’ai toujours tenu l’amitié d’une femme
Comme une sorte de quintessence,
Parfum rare, où se mêlent tant de choses.

Je n’ai plus vraiment réussi à passer cette frontière.
(à part une exception notable).
Je suis toujours resté à la barrière
Et quand bien même, je parvenais à avancer,
Je suis juste parvenu rapidement à m’enliser.

Vraisemblablement que je n’ai plus la manière,
Que je ne sais plus comment faire.
Suis-je devenu plus maladroit
Ou est-ce l’âge qui veut ça ?
J’en arrive parfois à accuser les poèmes
Que j’écris et que je sème.

Serais-je un cambrioleur d’âme
Ou un Pygmalion raté et bougon ?
Parfois, je pense à un film « Reuben, Reuben »
Où un poète poivrot rate son dernier vers,
Pourtant fort éloigné de moi
Si ce n’est peut-être pour le dernier verre.

J’en étais tout à l’heure à recompter
Toutes ces vieilles et moins vieilles amitiés.
Celles qui ont disparu dans leur mariage,
Celles qui ne sont jamais nées
Malgré tous mes pauvres efforts
Et puis tous ceux, déjà, qui ont disparu.

Sans doute, peut-être, le hasard
Fera-t-il qu’un soir ou un matin
Dans un sourire ou un regard,
Je reconnaîtrai l’étincelle du destin.
Pour autant que je ne sois aveugle
Ou quelque part, trop « bégueule ».

Pour les autres et pour son souvenir,
Je veux continuer à y croire,
Comme peut encore croire
Un homme à la valeur d’un sourire.

Mais prudence, prudence,
A d’autrui la souffrance…

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