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Aujourd’hui, je suis un tueur

Par Gabriel Ney et Denis Marion • Des poèmes • Vendredi 27/01/2006 • 0 commentaires • Version imprimable

Aujourd’hui, je suis un tueur
Mais un tueur sans embauche.
Avant, j’étais mercenaire
Mais j’ai perdu mon emploi.

Je suis pour la petite entreprise
J’aime le travail bien fait
Par un artisan à l’ancienne
Qui connaît les règles du métier.
Mais tout cela n’est plus de mise.
Non pas que le monde soit en paix,
Loin de là, la violence « pérenne »,
Mais il est temps se moderniser
Naguère, j’opérais encore au garrot,
Un petit meurtre sans assistance,
Avec l’alibi pour napper l’assassinat,
Qui ne m’attirait que des éloges.
Maintenant, je me sens de trop,
Que faire devant la puissance
De ces immenses conglomérats
Et le pouvoir qu’ils s’arrogent.

Aujourd’hui, je suis un tueur
Mais un tueur sans embauche.
Avant, j’étais mercenaire
Mais j’ai perdu mon emploi.

Certes, des balles traînent encore.
Il y a par-ci, par là des guerres.
Mais tout cela sera bientôt dépassé
Dans le monde qu’ILS nous préparent.
Il y aura encore toujours des morts,
Victime d’une implacable misère.
Même pour ceux qui sont du « bon côté »,
Bientôt, il sera définitivement trop tard.
Et nous, nous en sommes à courir après,
Courir, courir pour mieux consommer.
Nous voulons notre part du gâteau,
Quand bien même ce sont des miettes.
Alors que comme des rats, on est fait.
Quand on ne mourra pas d’obésité,
On sera peut-être l’homme de trop,
Sans droit, sans toit et sans assiette.

Aujourd’hui, je suis un tueur
Mais un tueur sans embauche.
Avant, j’étais mercenaire
Mais j’ai perdu mon emploi.

Tous les aliments seront brevetés.
L’eau sera sous un strict contrôle,
Comme bien d’autres essentielles choses,
Des grandes sociétés sans état d’âme.
Et pour conserver notre liberté,
Le poids sera tel sur nos épaules,
Qu’on préférera leur fausse vie en rose,
Qui n’empêchera pas l’avènement du drame
Pourtant, en de longues théories,
Nous suivons, sans penser, les prédicateurs
De la divine et rédemptrice croissance
Qui a besoin de nous pour se nourrir.
On finira sûrement par en perdre la VIE,
Mais nous n’y croyons pas pour l’heure.
Nous préférons le joug de cette engeance
Et rien, apparemment, ne nous porte à fuir.

Aujourd’hui, je suis un tueur
Mais un tueur sans embauche.
Avant, j’étais mercenaire
Mais j’ai perdu mon emploi.


Que représente donc mon pauvre travail
Devant ces machines si bien organisées
Pour soumettre et quand il le faut
Faire disparaître les récalcitrants,
Ceux qui sèment sans gêne la pagaille
Ou qui ne parviennent pas à consommer
Qui ne comprennent pas ce qui est beau
Dans ce monde exclusivement marchand.
Devant de telles machines de destruction,
Que valent donc le garrot d’acier
Ou le couteau délicat et précis,
Même les bombes sont des jeux d’enfants.
Croissance folle et élégante pollution,
Consommateurs repus à mourir, à crever
Pour laisser leur place à des affamés,
Tous jouets de quelques présidents.

Aujourd’hui, je suis un tueur
Mais un tueur sans embauche.
Avant, j’étais mercenaire
Mais j’ai perdu mon emploi.